Responsable : Luc CAMBREZY
La problématique des migrations en Guyane s’inscrit dans un contexte de rapports sociaux fortement ethnicisés. Il est vrai que l’analyse des chiffres officiels relatifs à l’immigration donne aux guyanais « d’origine » des raisons de s’interroger sur l’avenir de « l’identité guyanaise ». De ce fait, l’une des questions centrales qui se pose est bien celle d’une population très compartimentée entre diverses « communautés ». Cette question n’est pas nouvelle ; ce qui l’est davantage aujourd’hui est la question de la coexistence entre ces différents groupes dans un contexte où la mondialisation intègre de manière quasi mécanique la Guyane dans son environnement régional et mondial. L’immigration en provenance des pays voisins, mais aussi des Caraïbes, d’Asie et d’Afrique en est la manifestation la plus criante. Après avoir été majoritaire, la diminution en proportion du groupe des Créoles ne fait plus de celui-ci qu’une minorité agissante, politiquement et culturellement, mais une minorité inquiète de son avenir. Une autre question liée à la précédente est bien entendu le statut des étrangers présents sur le territoire guyanais. Beaucoup y résident illégalement, ce qui alimente de nombreuses controverses quant à l’accès aux soins, à la protection sociale, au logement ou à la scolarisation des enfants. Pour autant, cette population étrangère est connue pour combler les besoins de main-d’œuvre soit dans le secteur du bâtiment, soit dans celui des services domestiques. La communauté chinoise quant à elle (pour partie naturalisée française), occupe de façon écrasante le créneau du petit commerce de distribution. Au total, la question centrale qui se pose à la Guyane, et que balise la question des migrations, est celle de l’avenir de ce territoire à la fois français, européen et sud-américain dans un contexte national et international qui conduit à repenser de fond en comble son « modèle » de développement politique, économique et social. Au-delà de la dimension sécuritaire de limitation des flux de migrants, la problématique de la violence – qu’elle soit réelle ou fantasmée – produit de nouvelles territorialités qui elles-mêmes conduisent à exacerber les crispations identitaires. Enfin, c’est bien sûr la question du développement, voire du co-développement, dans les pays d’origine que ces mouvements migratoires interrogent ; avec cependant de profondes différences selon les cas puisque – pour ne prendre que les deux exemples du Brésil et de Haïti – celle-ci se pose de manière radicalement dissemblable. Le projet prend en compte les deux expressions fondamentales de l’immigration en Guyane : 1) les migrations internationales « classiques » dont les effectifs et les principaux déterminants sont encore mal mesurés ; 2) les mobilités inscrites dans des espaces transfrontaliers (fleuve Maroni, frontière avec le Surinam et fleuve Oyapok, frontière avec le Brésil) où semblent se jouer autant les effets d’aubaine liés à la mise en contact de niveaux de développement très contrastés que la profonde unité socioculturelle de ces territoires pourtant coupés par une frontière politique (la région du Maroni en particulier). L’équipe de chercheurs (anthropologie, géographie, socio-linguistique, sciences politiques) s’inscrit dans une perspective interdisciplinaire affirmée et assumée. Celle-ci se jouera bien sûr par des rencontres régulières pour des échanges et confrontations de résultats mais aussi et surtout par des terrains partagés obligeant à une importante coordination, notamment dans le domaine des enquêtes. De ce point de vue, le programme envisagé s’inscrit totalement dans la logique visant à favoriser et développer les synergies entre chercheurs provenant d’institutions différentes (IRD, CNRS, Paris Descartes, Université Antilles-Guyanne).