Responsable : Annabel Desgrées du Loû
Les programmes de prévention de la transmission du VIH de la mère à l’enfant constituent un des fers de lance de la lutte contre le VIH en Afrique actuellement. On dispose depuis 1999 de traitements peu coûteux, faciles à mettre en oeuvre, efficaces, et ces programmes sont donc en voie d’opérationnalisation dans de nombreux pays. Ils impliquent une proposition de dépistage du VIH aux femmes pendant leur grossesse, puis, selon le résultat du test, l’adoption de comportements de prévention par rapport au VIH : si le résultat du test est négatif, protection contre une possible infection par le VIH. Si le résultat du test est positif, prévention du risque de transmission du virus à l’enfant à venir, et prévention de la transmission du virus au partenaire. Les recommandations délivrées en ce sens par les équipes de santé suivent une logique médicale et sanitaire et ne sont pas toujours faciles à mettre en œuvre car elles se heurtent à d’autres logiques, sociales ou psycho-affectives. En particulier, la capacité des femmes à mettre en oeuvre les conseils de prévention qui leur sont fournis dépend largement du type de relation qu’elles vivent avec leur(s) partenaire(s) sexuel(s), et avec le père de l’enfant à naître. Le programme mené à Abidjan depuis 2001, avec le soutien financier de l’Agence Nationale de Recherche sur le Sida (projet ANRS 1253), avait pour objectif d’analyser les facteurs qui facilitent ou qui bloquent la mise en oeuvre des conseils de prévention de la transmission sexuelle et mère-enfant du VIH délivrés à des femmes participant à un tel programme de prévention de la transmission mère-enfant du VIH, selon leur statut sérologique. On s’intéresse en particulier au rôle des relations de genre à l’oeuvre au sein du couple, de la famille et du voisinage. Cette recherche quantitative et qualitative est menée à partir de données collectées de 2001 à 2005 dans le cadre d’un suivi de cohortes, en collaboration avec l’INSERM U 593. De 2007 à 2011, la valorisation des données collectées sera poursuivie, parallèlement à la conduite d’un programme multisite (Cameroun, Bénin, Inde, Géorgie, République Dominicaine) mené sur ce thème, le projet PRENAHTEST. Ce projet est coordonné par l’ISPED (Bordeaux2) et l’UMR y collabore. C’est un essai d’intervention multisite, financé par l’ANRS depuis mai 2006, et co-financé par la fondation américaine Elizabeth Glaser Paediatric AIDS Foundation. Il a pour objectif de démontrer la faisabilité et l’impact d’une intervention de conseil prénatal du VIH orientée vers le couple, sur l’incidence du dépistage du partenaire et du conseil de couple et sur l’amélioration des comportements sexuels, de reproduction et de prévention du VIH. Ce projet est mis en place dans quatre centres urbains où la prévalence du VIH est inférieure à 10% mais où des services de prévention de la transmission mère-enfant du VIH sont opérationnels à large échelle : Yaoundé (Cameroun), Pune (province de Maharastra, Inde), Santo Domingo (République Dominicaine) et Tbilissi (Géorgie). Une première phase de faisabilité, conduite de juin 2007 à janvier 2008, a permis d’évaluer l’acceptabilité de l’intervention parmi les femmes et le personnel de santé, ainsi que d’adapter l’intervention aux différents contextes opérationnels et socioculturels. Dans le cadre de l’essai d’intervention qui démarrera dès la fin 2008, les femmes (n=476 par pays) seront recrutées au cours des consultations prénatales et randomisées pour recevoir soit un conseil post-test du VIH classique (groupe SC), soit un conseil post-test du VIH orienté vers le couple (groupe COC). Des questionnaires quantitatifs standardisés seront administrés à l’inclusion avant le conseil post-test, six mois et quinze mois après l’accouchement. Des entretiens approfondis qualitatifs, conduits avec 5 femmes de chaque groupe d’étude et à chacune des trois visites, compléteront et mettront en perspective les réponses quantitatives individuelles. L’enregistrement des sessions de COC (n=5 par mois pendant la période de recrutement) permettront de superviser leur qualité. Les indicateurs seront comparés entre le groupe SC et COC et décrits au sein de chaque groupe, avant et après le conseil et dépistage prénatal du VIH. Les partenaires seront recrutés après le troisième entretien des femmes participantes et interrogés sur leurs perceptions et leurs réactions quant au conseil orienté vers le couple, du dépistage du VIH et du conseil de couple, ainsi que sur leur comportements sexuels, de reproduction et de prévention du VIH.. Cette étude fournira des informations concrètes sur les bénéfices d’une intervention encourageant l’implication des hommes au sein du processus de conseil et dépistage prénatal du VIH.